Impact de la guerre russo-ukrainienne sur l'économie congolaise :

Echanges commerciaux entre la RDC, la Russie et l'Ukraine.

Note Spéciale n°01 : Mai 2022


Introduction

Le commerce international est un des vecteurs majeurs de développement des Pays. C’est ainsi que les échanges commerciaux entre les pays se sont intensifiés au fil des années, chaque Etat tirant profit, grâce à ses avantages comparatifs, des opportunités du marché mondial. Par ailleurs, cette mondialisation peut avoir des effets néfastes à la dynamique économique au moment des crises. Ces dernières peuvent être d’ordre sanitaire, économique, politique, etc. Depuis le 24 février 2022, un conflit armé s’est déclenché entre la Russie et l’Ukraine. La Russie a lancé l’invasion de l’Ukraine. Compte tenu de la place prépondérante occupée par chacun des belligérants dans l’économie mondiale, les effets négatifs aussi bien directs qu’indirects ont été rapidement constatés sur le marché mondial. C’est dans ce contexte que l’Institut National de la Statistique (INS) vient de produire et publier cette note sur les échanges commerciaux entre la RDC, la Russie et l’Ukraine. L’objectif de la note est de :

  • Analyser et présenter l’évolution des échanges commerciaux entre la RDC et les deux Etats en guerre;
  • Fournir des informations utiles non seulement à l’appréciation des risques et des conséquences éventuelles de ce conflit armé sur l’économie de la RDC, mais aussi à la prise des mesures d’anticipation ou de renforcement des celles déjà en cours de mise en œuvre.

La note fait spécifiquement un focus sur la quantité, la valeur et la nature des produits échangés avec ces deux partenaires commerciaux.

Méthodologie

Il sied de saisir qu’une série d’actions a été réalisée pour la rédaction de cette note spéciale. De prime abord il est important de signaler que les données qui ont permis d’analyser ces échanges commerciaux ont été collectées à la Direction Générale des Douanes et Accises (DGDA). Ces informations proviennent spécifiquement des transactions des biens évaluées sur les déclarations en douane lors des échanges entre la RDC , la Russie et l’Ukraine. Toutes ces déclarations sont stockées dans le système informatisé des services douaniers (Sydonia). Ensuite, un traitement supplémentaire de ces données a été effectué pour corriger certaines erreurs d’observation.

Les importations sont évaluées en valeur CAF (Coût Assurance Fret, coût de la marchandise à son point d’entrée en RDC, y compris assurance et fret). Les exportations sont exprimées en valeur FAB (Franco A Bord, coût de la marchandise à son point de sortie de la RDC). Les données sont relatives aux statistiques du commerce spécial. Le commerce spécial enregistre les marchandises lorsqu’elles passent à la douane pour être destinées à la consommation intérieure ou à l’exportation.

Principaux résultats

De l’analyse des échanges avec la Russie, il ressort que la balance commerciale de la RDC est structurellement déficitaire. Par exemple pour l’année 2021, les importations se chiffrent à 389 milliards de CDF, alors que les exportations sont à 35 millions CDF. De ce fait, la Russie se place au 9ème rang des pays fournisseurs des marchandises à la RDC. Il est à noter aussi que la Russie est le premier pays fournisseur du blé (Froment de blé et méteils). Ainsi, 82,1% des importations de ce produit en valeur provient de la Russie. En ce qui concerne l’Ukraine, la tendance de la balance commerciale est la même, c’est-à-dire déficitaire. La valeur des importations provenant de ce pays se lève à 22 milliards de CDF, tandis que la valeur des exportations de la RDC vers ce pays est quasiment nulle. Parmi les principaux produits importés de ce pays figurent les machines/appareils pour le travail du caoutchouc et Viandes/abats comestibles, frais, réfrigérés ou congelés.

I. EVOLUTION DES ÉCHANGES COMMERCIAUX

I.1. RUSSIE

La Russie a toujours été l’un des partenaires les plus importants de la RDC en termes d’échanges commerciaux. Ces échanges globaux de marchandises se lèvent à 389 milliards de CDF pour 580 941 tonnes en 2021 contre 30 milliards de CDF pour 81 129 tonnes en 2014. En 2021, ces échanges ont augmenté de 1197% en valeur par rapport à l’année 2014. Il sied de noter qu’avec cette valeur des échanges, la Russie est le 14ème partenaire commercial de la RDC avec un poids de 0,6% des échanges globaux en 2021.

I.1.1. Balance commerciale

La balance commerciale révèle si le pays génère des ressources supplémentaires au-delà de sa capacité locale de création de valeur. C’est un indicateur majeur qui indique le potentiel de croissance économique du pays.

En ce qui concerne l’évolution de la balance commerciale avec ce pays, le graphique 1 renseigne que la balance commerciale de la RDC est déficitaire quelle que soit l’année.

Cela dénote que la RDC est un importateur net et sa position extérieure en termes d’échanges des biens avec ce pays est passive. Ce déficit s’est chiffré à 389 milliards en 2021 contre 30 milliards de CDF en 2014, soit une hausse de 1197%.

I.1.2.Importations

En termes de valeurs, la Russie est dans le Top.10 des pays fournisseurs des biens à la RDC (Tableau 1). Les importations provenant de ce pays n’ont cessé d’augmenter au fil des années (cfr. Graphique 1).

Elles sont passées de 30 milliards en 2014 à 389 milliards en 2021. Le tableau 1 illustre aussi que la Russie occupe le 9ème rang des pays fournisseurs de la RDC.

Parmi les produits importés de la Russie, on constate que le blé (Froment de blé et méteil) et les soufres sont les principaux produits à l’importation (Tableau 2). Ils se chiffrent respectivement à 288 milliards de CDF, soit un poids en valeurs de 73,3% et 65 milliards de CDF, soit un poids en valeurs de 16,7%.

En effet, les deux produits susmentionnés représentent une part du total en valeurs plus de 90% des importations en provenance de la Russie avec une quantité de 468 164 tonnes pour le blé et 90 348 tonnes pour les souffres. En fournissant une telle quantité du blé (468 164 tonnes) avec une valeur si importante (288 milliards de CDF ), la Russie est le premier pays fournisseur du blé en RDC avec une part de 82,1% des importations totales en valeur de l’année 2021. (voir tableau 3).

Concernant les soufres, la Russie se situe en 4 ème position des Pays fournisseurs de ce produit. Les importations de ce produit en provenance de la Russie se chiffrent à 65 milliards de CDF, avec un poids en valeur de 9,0%. Les importations en quantité de ce produit se lèvent à 90 384 tonnes en 2021. (voir tableau 4)

I.1.3. Exportations

Du volume des exportations à la Russie, on note que la RDC est un importateur net, car ses exportations sont structurellement faibles. Ces exportations sont passées de 45 millions de CDF en 2014 à 35 millions de CDF en 2021.

Par ailleurs, il sied de souligner, comme le montre le graphique 2, que pour certaines années, ces exportations sont quasiment nulles. En plus, leur tendance est à la baisse au cours des années sous étude sauf pour l’année 2019 où on observe un pic avec une valeur totale de près de 90 millions de CDF. Cette réduction en valeur entre l’année 2014 et l’année 2021 est 18,0%.

Concernant les produits que la RDC exporte à la Russie, on constate qu’en 2021 ces produits sont notamment les pierres gemmes (pierres précieuses), le Café vert arabica.

I.2. UKRAINE

I.2.1. Balance commerciale

L’évolution de la balance commerciale de la RDC avec l’Ukraine montre qu’elle a été déficitaire (voir Graphique 3). Durant cette période, les exportations vers l’Ukraine ont été quasi inexistante hormis une brève évolution entre 2018 et 2019 alors que les importations quant à elles ont connu une bonne évolution. En effet, les importations depuis l’Ukraine ont été stable de 2014 à 2016 passant respectivement de 1,74 milliards de CDF à 2,43 milliards de CDF. Elles ont connu une hausse en 2017 et se sont fixées à 8 milliards en 2017 avant d’atteindre le pic en 2018 avec une valeur de 35 milliards de CDF. Elles ont chuté à 5 milliards en 2020 avant la reprise de 2021 avec une valeur totale de 22 milliards de CDF.

Durant cette même période, les exportations qui depuis 2014 ont été inexistante ont connu une hausse en 2018 pour atteindre 0,12 milliards de CDF en 2019 avant de chuter complètement en 2020. La crise sanitaire de la Covid-19 qui a paralysé le monde entier durant l’année 2020 n’a pas épargné les échanges commerciaux avec ce pays.

I.2.2. Importations

Les importations en provenance de l’Ukraine ont connu une augmentation au fil des années sauf la baisse drastique constatée en 2020 ( voir Graphique 3). En 2021, l’Ukraine représente moins d’un pourcent des importations globales de la RDC, soit 22,5 milliards de CDF. Il se situe à la 52ème position des Pays fournisseurs de la RDC.

Le produit « Machines et appareils pour le travail du caoutchouc » est celui qui est le plus importé de l’Ukraine. Il représente 20,8% des importations en provenance de l’Ukraine. Il est suivi du produit «Viandes et abats comestibles, frais, réfrigérés ou congelés » et «Demi-produits en fer ou en aciers non alliés » qui représentent chacun 16,1% des importations venant de l’Ukraine. Le blé représente quant à lui 13,2% de ces importations (Tableau 5).

En termes de pays fournisseurs, l’Ukraine est le troisième pays fournisseur de « Machines et appareils pour le travail du caoutchouc » en RDC. Il représente à lui seul 15,5% de nos importations de « Machines et appareils pour le travail du caoutchouc ». (Tableau 6).

L’Ukraine est également le 11ième pays fournisseur des «Viandes et abats comestibles, frais, réfrigérés ou congelés », soit 2,4% des importations de ce produit en RDC. (Tableau 7).

I.2.3. Exportations

Comme nous l’avons déjà indiqué ci-haut l’évolution des exportations de la RDC vers l’Ukraine est quasiment nulle, sauf pour les années 2018 et 2019 où les exportations se chiffrent respectivement à 0,043 milliards de CDF et 0,115 milliards de CDF. Cette situation dénote que la RDC est un importateur net. Parmi les principaux produits à l’exportation, il y a le Café.

II. CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS

Après plus de 90 jours de conflit armé entre la Russie et l’Ukraine, il s’est avéré nécessaire pour l’Institut National de la Statistique d’analyser l’évolution des échanges commerciaux de la RDC avec ces deux belligérants et fournir des informations nécessaires pour la prise des mesures anticipatives face aux risques économiques de cette guerre.

En effet, l’étude vient de nous prouver que la Russie et l’Ukraine sont des partenaires stratégiques dans les échanges des marchandises avec la RDC. Plusieurs produits stratégiques sont importés de ces pays, notamment le blé, les soufres, les machines et appareils pour le travail du caoutchouc, les viandes et abats comestibles, frais, réfrigérés ou congelés. En ce qui concerne le blé, il sied de souligner que 82,1% des importations en valeur (288 milliards de CDF) viennent de la Russie et cela dénote le degré de dépendance de la RDC envers la Russie pour ce produit.

Ainsi, la guerre pourrait perturber les chaînes d’approvisionnements des produits fournis en RDC par ces Pays, mais aussi elle entrainerait la hausse des coûts à l’importation et par conséquent cela se traduirait par la hausse de prix de ces produits et leurs produits dérivés sur le marché congolais.

Les tensions inflationnistes déjà enregistrées sur certains produits, notamment la farine de blé et ses produits dérivés (pain,,,) pourraient s’accentuer au fur et à mesure que la crise persiste. C’est dans ce cadre qu’il est plus que temps que le Gouvernement congolais prenne des mesures pour éviter les risques susmentionnés et anticiper les actions allant dans le sens de contenir la rupture des stocks ou la rareté de ces produits qui pourraient intervenir sur le marché.

Ces mesures et ces actions peuvent être celles de s’appuyer sur la politique d’import substitution et tirer avantage de cette situation pour promouvoir la consommation des produits locaux substituables, en sensibilisant la population à modifier ses habitudes de consommation. Il s’agit notamment de remplacer, au moins partiellement, la farine de blé par des farines produites localement en particulier le maïs, la patate, le manioc, le plantain, etc.

Il est vrai que certaines actions sont déjà menées notamment par le Ministre de l’Industrie qui ne cesse d’encourager et de sensibiliser les gens à l’usage de la farine de manioc pour la fabrication du pain, mais l’anticipation de ces solutions doit être l’affaire de tous (politiques, entrepreneurs, consommateurs, etc.)